Transformation d’une énergie primaire offerte par la biosphère en une énergie exogène utile à l’Homme.
Remarque préliminaire : les aliments que nous ingurgitons sont dédiés en priorité à faire fonctionner notre métabolisme de base, c’est-à-dire notre circulation sanguine, notre respiration, notre digestion, etc. Le reste de notre alimentation sert à fournir l’énergie que demandent notre cerveau et nos muscles pour assurer nous-mêmes notre alimentation, notre protection et notre reproduction. La grande majorité des animaux n’utilisent au cours de leur existence que cette énergie que nous appelons énergie endogène.
L’Homme du paléolithique chassait, pêchait, ou cueillait pour obtenir la nourriture nécessaire à son énergie endogène. Mais pour l’Homme civilisé, le seul fait de vivre et d’exister n’est pas suffisant. Son insatisfaction permanente, son orgueil, son ego, ses désirs et ses fantasmes le poussent à faire des actions nettement au-dessus de ses capacités énergétiques endogènes. Sa solution est alors de trouver et d’exploiter des sources d’énergie exogènes qui lui soient utiles pour accomplir ce que sa seule énergie endogène ne peut pas faire.
En quittant son statut de chasseurs-cueilleurs, l’Homme est entré dans une organisation sociétale de plus en plus complexe. Afin de ne pas s’effondrer, tout système complexe demande des flux d’énergies et de matières proportionnelles au niveau de complexité du système. Comme de plus, la complexité engendre toujours plus de complexité, en prenant cette direction, l’Homme civilisé s’est astreint à devoir constamment trouver des flux d’énergie et de matière de plus en plus importants, au risque de voir le tout s’effondrer.
Historiquement, l’Homme civilisé a su trouver ces énergies exogènes très tôt. D’abord en exploitant l’énergie endogène d’autres Hommes comme celle d’esclaves et de prisonniers. Puis, au cours du néolithique, son génie lui a permis de découvrir et d’exploiter celles d’animaux et de nouvelles formes d’énergies grâce aux énergies primaires généreusement offertes par la biosphère.
Mais, de même que la biosphère ne peut pas utiliser directement l’énergie du soleil pour accroître sa complexité, les humains ne peuvent pas utiliser directement les énergies primaires offertes par la biosphère pour accroître la complexité que requiert leur nouvelle organisation sociétale. L’Homme civilisé doit alors faire appel à son fameux génie technique pour résoudre ce problème. Il s’est ainsi aperçu que ces énergies primaires devaient être préalablement transformées par des appareils pour qu’elles lui deviennent utiles. Par exemple, il s’est aperçu que le vent pourrait l’aider à déplacer un bateau pour aller pêcher plus au large. Mais pour cela, il lui fallait construire le bateau, les mâts, les cordes, les poulies et les voiles. Aucun de ces éléments ne se trouve directement dans la biosphère. Il devra alors transformer de la matière végétale (qu’il puisera dans la biosphère) et effectuer un travail pour lui donner la forme voulue. L’énergie que demande ce travail viendra soit de sa propre énergie endogène, soit grâce à des outils et des machines qu’il aura dû construire au préalable, lesquelles demandent aussi de l’énergie et de la matière.
Cette capacité de transformer une énergie primaire en une énergie qui lui soit personnellement utile, fait la distinction majeure entre l’Homme et l’animal. Toutefois, tant que ces appareils de transformation d’énergie se limitaient à des bateaux à voile pour pêcher plus au large, à des moulins à vent ou à eau pour moudre le grain, ou à un système de palans pour démultiplier une force de traction, la biosphère n’était pas vraiment impactée par ces constructions techniques. Mais l’insatisfaction permanente propre à l’Homme moderne, son besoin maladif de toujours vouloir progresser, de toujours en vouloir plus, son incapacité à se restreindre, l’ont conduit à exploiter de plus en plus et sans limite les énergies primaires que nous offre la biosphère. Ce qui, après une période relativement courte, a conduit l’humanité à son paradigme économico-industriel (voir chapitre 6 de mon livre)). Ce dernier n’est pas anodin. Nous commençons à réaliser les conséquences de ce paradigme sur notre environnement et sur les chances de survie de plusieurs espèces biologiques, dont la nôtre.

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