Les risques encourus si l’industrie mondiale ne pouvait plus répondre aux besoins mondiaux en énergie.
Le blog du 23 mars suggère que l’industrie mondiale pourrait ne pas être en mesure de compenser, d’une manière synchrone, la diminution du flux d’énergie fossile une fois passé le pic mondial de leur taux d’extraction. Si cette prédiction devait se révéler correcte, nous devrions nous en inquiéter, car cet événement aura un impact significatif et négatif sur les générations futures.
À quoi doit-on s’attendre ? À ce que les futures générations reviennent au niveau de vie des années 1950 ou 1960, quand la consommation mondiale d’énergie était quatre à cinq fois plus faible que maintenant ? Certains prétendront que ce ne serait pas si grave, car le niveau de vie à cette époque n’était pas si mauvais. Malheureusement, ce n’est pas possible, car un système complexe est irréversible. En d’autres termes, les générations futures ne peuvent pas revivre ce que leurs ancêtres ont connu.
Peuvent-ils alors espérer que la complexité de notre civilisation diminuera à un rythme suffisamment lent pour permettre aux populations de s’adapter au nouveau flux d’énergie ? Cela pourrait bien être le cas au début de la décroissance des flux d’énergie. Mais passé un certain seuil de manque chronique de ces flux, nos sociétés risquent de se détériorer si rapidement qu’aucun ajustement ne sera plus possible. La civilisation se détériorera de plus en plus rapidement jusqu’à sa disparition. Pourquoi ?
Les flux d’énergie exogène consommés par la population mondiale peuvent être considérés comme des aides à l’existence. Ils nous libèrent des tâches difficiles, exigeantes, ingrates et parfois dangereuses. Ils permettent à leurs bénéficiaires de libérer beaucoup de temps pour s’engager dans d’autres activités, telles que la pensée et la créativité, afin de développer une vie toujours plus facile pour eux et parfois pour les autres. Si ces aides à l’existence nous quittent les uns après les autres, les structures sociétales des prochaines générations se dégraderont de plus en plus, entraînant dans un premier temps des agitations sociales plus ou moins fortes, d’abord en différents points du globe, puis se généraliseront petit à petit à l’ensemble des sociétés complexes mondialisées. Les problèmes qui se feront de plus en plus pressants pour les prochaines générations seront l’accès à la nourriture et à l’eau potable, aux soins en cas de maladie et aux transports des personnes et des marchandises. De même, ces générations constateront que les structures de la société seront de moins en moins capables d’assurer des emplois rémunérés, de distribuer des compensations pour les chômeurs, de protéger la population contre les épidémies et autres fléaux.
L’augmentation des flux d’énergie se traduit par une augmentation de l’espérance de vie car ces énergies aident à avoir un meilleur logement, une nourriture abondante, des soins de haut niveau, une vie professionnelle moins dangereuse pour la santé, etc. l’augmentation de l’espérance de vie entraîne une forte augmentation de la population. Ainsi, logiquement, la diminution des flux d’énergie devrait diminuer l’espérance de vie moyenne des générations futures pour les mêmes raisons, mais cette fois, agissant de façon inverse. Cela devrait se traduire par une diminution progressive de la population mondiale. Si cette dernière varie au même rythme que les énergies exogènes à disposition, ce qui semble être bien possible, la population mondiale pourrait retomber à celle qu’elle était autour de 1860-1900, c’est-à-dire à environ 1,7 milliard d’individus.
Il est même envisageable que cette baisse soit encore plus sévère pour différentes raisons expliquées dans mon livre. Parmi elles, la diminution de la population ne fera qu’aggraver l’économie mondiale en raison du manque de producteurs et de consommateurs. Nous sommes conscients que notre système économique ne peut survivre que si la production et la consommation augmentent en permanence. Même en l’absence de guerres généralisées, l’effondrement de l’économie ne fera qu’exacerber la désintégration de toutes les autres structures de nos sociétés complexes mondialisées, générant une forte mortalité, principalement par des famines, des épidémies, des conflits régionaux et même mondiaux. Plus les structures nécessaires au bon fonctionnement de nos sociétés se disloqueront, plus l’instabilité sociale augmentera, avec pour effet de donner un coup de fouet à leur anéantissement par effet boule de neige.
L’histoire montre qu’en dessous d’un certain seuil de désespoir, les populations entrent en révolte. Elles cassent, détruisent, saccagent et dévastent tout ce que représente le système, car ils ne comprennent pas ce qui leur arrive. Elles se sentent dupées, maltraitées, humiliées, dépouillées, et pour elles, tout ceci appelle à la révolte, même si la cible n’est pas toujours clairement identifiée. Ainsi, les structures, qui, à la rigueur, auraient pu encore fonctionner tant bien que mal, même au ralenti pendant un certain temps, seront détruites par des foules en colère. Les pouvoirs politiques et militaires se désagrégeront peu à peu, laissant place à des seigneurs de guerre, des extrémistes ou des révolutionnaires de tous bords, traînant avec eux des foules plus ou moins motivées, qui s’engageront par obligation, par mimétisme, par résignation, par peur ou par une excitation momentanée. Lors de ces événements, les structures de la société seront détruites les unes après les autres, ce qui entraînera un déclin progressif et irréversible de nos structures sociétales.

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