Sera-t-il toujours possible de satisfaire les flux d’énergie nécessaires au bon fonctionnement de notre système économico-industriel ?
L’ensemble des sociétés civilisées du monde forment un système complexe, au sens défini dans le blog du 2 mars. Dans le même blog, il a été mentionné que pour assurer sa durabilité, un tel système nécessite des flux d’énergie et de matière proportionnels à sa complexité. Si ces flux ne suffisent plus, le désordre (l’entropie) prend le dessus et tout le système se délite avant de s’effondrer complètement. L’avenir de notre civilisation et de son paradigme économico-industriel est donc lié aux débits de ces flux. Pourrons-nous toujours les garantir ?
Arrêtons-nous un instant sur les seuls flux d’énergies exogènes. Actuellement, environ 80 % de ces flux proviennent des énergies fossiles. Mais nous savons, depuis les travaux de Marion King Hubbert en 1942 (voir blog du 16 mars), que ces flux vont passer par un maximum avant de décroître au moins aussi vite qu’ils ont cru, soit au moins 1,8 % par an. Cela équivaut à une perte annuelle de flux d’énergie d’environ 1500 TWh. Un certain nombre de géologues compétents estiment que cette décroissance pourrait commencer déjà à la moitié de ce siècle, mais pour sûr durant sa deuxième partie.
L’expérience nous montre que, pour faire fonctionner nos sociétés mondialisées, les flux d’énergies exogènes doivent croître chaque année de 1500 TWh/an. Ce qui veut dire qu’une fois le pic d’extraction des énergies fossiles passé, les énergies alternatives (hydroélectrique, nucléaire, éoliennes, solaires et autres devront assurer une croissance d’au minimum 3000 TWh/an, soit à peu près 10 fois ce qu’elles sont capables de faire actuellement. En clair, cela signifie que le rythme de construction de centrales nucléaires, de barrages hydroélectriques, de panneaux solaires, d’éoliennes, etc. devrait croître à un rythme 10 fois plus élevé qu’aujourd’hui et cela pendant des années. La première chose qui nous vient à l’esprit immédiatement est : et quel serait ce nombre d’années ? La réponse est : « pendant un nombre très limité d’années en regard à la durée d’existence de l’ère industrielle, probablement bien moins de 50 ans. » Pourquoi ? Parce que ces flux d’énergies exogènes se feront aux dépens de la biosphère, laquelle deviendra rapidement incompatible avec le mode d’existence des humains (voir les blogs précédents). Notre civilisation aura atteint alors son point de basculement. Les populations humaines diminueront très rapidement jusqu’à une valeur inconnue mais très faible, probablement moins d’un milliard d’individus dans le meilleur des cas, voire disparaître complètement dans le pire des cas.
Bien sûr, ces calculs ne sont que des ordres de grandeurs mais, même faux d’un facteur trois ou quatre, la conclusion sera la même Seule la date du basculement de notre civilisation pourrait être différée d’une ou trois générations, mais cela ne change rien au problème. A moins bien sûr que j’aie commis une faute grave de raisonnement.
S’il vous plaît, intervenez, réagissez, cette conclusion est trop grave pour ne pas réagir.

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